"CENT CLEFS" |
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"L'homme marche. Il marche dans les bois. Bois vert, jaune, ocre. Larges feuilles,
pousses rondes, raides. Ses grosses chaussures écrases le sol, à la fois brindilles, à
la fois mousse. Puis, le silence qui rend les gens bons. Alors il choisi un endroit, s'y
allonge et ferme les yeux. Une clef. Une clef trouée sort de sa culotte. Il dort. La clef
glisse. La clef se perd. Il a froid. Il rentre. La poche vide. Et le temps passe... Alors,
il retourne sur ses pas. Ses pas d'antant. Il cherche, celle qu'il a perdue. Et là devant
lui, au dedans de ce trou de clef, qu'il retouve, il y a... il se trouve que... la vie a
filé dans ce trou. Oui, il se trouve que la vie... est sortie du trou... pour entrer dans
un trou.
"La Balade", Catherine Tondu.
Une centaine de clefs fut jetée dans les bois. Comme des graines, ces clefs écloront,
non sous la forme d'une plante ou d'une céréale, mais sous celle des puissants arbres de
l'invisible. Dans leurs branches fleuriront les récits uniques et multiples des mémoires
vagabondes. Ici, l'oeuvre ne peut-être vue ni touchée, elle évolue dans un espace
laissé libre, ouvert et infini.
Comme le dit Made: " Ma peinture est proche de celle de Cézanne, seuls les paysages ont changés".
Dans cet espace, une mémoire habite. Un jour quelqu'un a laissé certaines choses, et nous les savons (presque) impossibles à retrouver. Toutefois, en les cherchant, l'évocation des esprits qui nous habitent peut se mettre en branle. Une récréation pourra faire revenir notre disposition à rendre vivantes des marques intangibles. Nous sommes face à un vide éclairé par la mémoire des clefs qui furent répandues. La puissance de l'invisible est invincible. Elle échappe aux regards, mais ne se dérobe pas à la lucidité. Ces clefs nous invitent à nous rendre dans un monde où le passé se raconte avec la fantaisie
Patricia Tolentino.